Une brve histoire des Franais issue de lÕimmigration maghrŽbine

 

Aleata Hubbard

 

A la veille de la premire guerre mondiale, il y avait environ 15.000 AlgŽriens en France, et aprs la deuxime guerre mondiale ils en ont comptŽ presque 260.000. Comment expliquer une population qui a accru 17 fois dans une trentaine dÕannŽes ? A cause de ces deux guerres la France a perdu nombreux de ses soldats et aussi nombreux de ses ouvriers. Les entreprises franaises ont recrutŽ des MaghrŽbins pour faire face ˆ un grand dŽficit de main-dÕĻuvre. Une fois quÕen France, ces hommes ne faisaient que travailler avec juste un mois par annŽe pour retourner ˆ leurs pays pour tre avec leurs familles. La France a reconnu que cette sŽparation familiale Žtait injuste. En 1974 le secrŽtaire gŽnŽral de la Commission nationale pour le logement des immigrŽs, Jean-No‘l Chapulut, a affirmŽ, Ē Il y a eu une pression politique, plus un avis du Conseil dÕEtat disant que le regroupement familial Žtait un droit essentiel de lÕhomme et quÕon ne pouvait pas sÕy opposer Č (qtd. in MŽmoires 21-22). Aprs 15 ˆ 20 ans de sŽparation, les MaghrŽbines et leurs enfants sont venus pour joindre leurs maris et leurs pres.

 Comme cՎtait implicitement acceptŽ que les MaghrŽbins nÕaient pas ŽtŽ en France pour sՎtablir, il nÕy avait aucune raison pour quÕils se mŽlangent avec les Franais de souche. Derder dŽcrit la communautŽ algŽrienne ˆ Paris, Ē Elle est spatialement sŽparŽe des mŽtropolitains et par consŽquent nÕa quasiment aucun contact et pas plus de rapports sociaux avec ces derniers. Ainsi, les 2 sociŽtŽs, algŽrienne et mŽtropolitaine se croisent plus quÕelles ne se parlent Č (41-2). Mais personne ne comptait sur lÕapparition dÕune nouvelle gŽnŽration de personnes dÕorigine maghrŽbine qui ont grandi en France, et qui y sont restŽes.

Les enfants dÕimmigrŽs nord-africains se sont trouvŽs dans une situation particulire. Quoique nombreux sont nŽs en France et nombreux ont passŽ la plupart de leurs vies en France, ils Žtaient traitŽs plut™t comme immigrŽs que citoyens franais. Avec la loi Bonnet de 1980, Ē la hantise de lÕexpulsion fait souvent partie du vŽcu quotidien des jeunes, menacŽs dՐtre reconduits dans un pays o ils nÕont pas vŽcu Č (Wihtol de Wenden 25). LÕambiance en France ˆ la fin des annŽes soixante-dix et au dŽbut des annŽes quatre-vingt a augmentŽ la frustration dÕun peuple maltraitŽ et mŽconnu par leur pays. LÕarrivŽ des immigrŽs maghrŽbins en France a introduit un peuple religieux et patriarcale ˆ une nation qui promeut la la•citŽ et lՎgalitŽ. Ces cultures opposantes ne permettaient pas quÕune personne, qui faisait partie des deux, puisse trouver son identitŽ. CՎtait les enfants dÕimmigrŽs maghrŽbins qui devaient dŽfinir leurs places en France.

En 1983, une marche a dŽmarrŽe ˆ Marseille avec le but de Ē lՎgalitŽ des droits et contre le racisme Č. Du 15 octobre jusquÕau 3 dŽcembre, la Ē Marche des beurs Č a gagnŽ une centaine de milliers de jeunes issus dÕimmigration maghrŽbine. Elle sÕest achevŽe ˆ Paris avec une rŽunion avec le prŽsident de lՎpoque, Franois Mitterrand, qui leur a accordŽs une carte de rŽsidence de dix ans. Cette manifestation est vue comme Žtant le lancement du mouvement beur des annŽes quatre-vingt. Elle Žtait suivie par la crŽation de plusieurs associations dont les deux plus connues sont SOS-Racisme et France-Plus. La premire, crŽŽe en 1984 avec Harlem DŽsir comme chef, servait pour aller ˆ lÕencontre du racisme. Parmi ses premiers succs sont le slogan Ē touche pas ˆ mon pote Č et une autre marche pour lՎgalitŽ, Ē Convergences 1984 Č. SOS-Racisme est toujours actif aujourdÕhui. France-Plus, fondŽ en 1985 et prŽsidŽ ˆ lՎpoque par Arezki Dahmani, voulait que les jeunes issus dÕimmigration puissent prendre partie dans la vie civique. Il sÕest investi dans lÕinscription dՎlecteurs.

Les femmes Žtaient Žgalement actives dans le mouvement beur. Quelques-unes ont pris le r™le de leader dÕune association. Par exemple, Djida Tazda•t a fondŽ JALB, Jeunes arabes de Lyon et banlieues, et Ka•ssa Titous a dŽmarrŽ Radio Beur. DÕautres femmes ont utilisŽ le mouvement pour combattre pour le fŽminisme, souvent ˆ travers la crŽation des associations concernŽes avec les droits de femmes dÕorigine maghrŽbine. Les Nanas beurs a ŽtŽ fondŽ en 1985 pour aider les filles avec des difficultŽs familiales, souvent ˆ cause du mariage forcŽ (Les beurettes). Femmes des Francs-Moisins, dans la banlieue parisienne, a proposŽ Ē des cours dÕalphabŽtisation, des aides aux devoirs pour les plus jeunes, et des sorties culturelles Č (Des femmes). La fin de la dŽcennie a vu aussi lՎvŽnement qui a causŽ beaucoup de dŽbats autour dÕun sujet trs proche ˆ nombreux de femmes dÕorigine maghrŽbine: le foulard. En 1989, quelques Žlves ont ŽtŽ renvoyŽes du lycŽe parce quÕelles portaient des foulards islamique. Car les Žcoles en France sont la•ques, les symboles religieux y sont interdits. Cet ŽvŽnement a dŽclenchŽ une sŽrie de procs et de dŽbats qui ont questionnŽ le r™le de lÕIslam en France et lÕidentitŽ des musulmanes en France.

Les annŽes quatre-vingt, quoique progressives, nՎtaient pas libŽratrices pour tous. Les activistes venaient souvent de milieu populaire: Ē Beaucoup sont issus de familles ayant dŽjˆ un certain bagage scolaire, financier ou militant et parfois de couples mixtes, sensibilisŽs ˆ la question du racisme, des ŌpapiersÕ du statut [É] un tiers sont venus directement de leur pays dÕorigine pour y entreprendre ou y continuer des Žtudes et ont lˆ-bas, un passŽ de militants Č (Wihtol de Wenden 138). QuoiquÕil y ait toujours des problmes pour ces jeunes, surtout pour ceux de milieu ouvrier, le mouvement beur a fait progresser leur situation. Ces jeunes Franais dÕorigine maghrŽbine se sont mobilisŽs ˆ travers les manifestations et la crŽation des associations pour rŽclamer leurs droits. Le mouvement beur a servi pour montrer que ces jeunes ont refusŽ de ne plus supporter les injustices quÕont souffert leurs parents et quÕils voulaient tre Žgaux aux autres citoyens franais.

 

Sources

Benguigui, Yamina. MŽmoires dÕimmigrŽs: lÕhŽritage maghrŽbin. France: Canal +

Žditions, 1997.

 

Les beurettes [videorecording]. Videocassette. PICS/The University of Iowa, [199-?].

 

Derder, Peggy. LÕImmigration algŽrienne et les pouvoirs publics dans le dŽpartement de la Seine 1954-1962. Paris: LÕHarmattan, 2003.

 

ŅDes femmes sans voix au cour du dŽbat.Ó Les archives intŽgrales de lÕHumanitŽ. 15 Nov. 2003. lÕHumanitŽ. 14 Mar. 2006 <http://www.humanite.fr/journal/2003-11-15/2003-11-15-382590>.

 

Wihtol de Wenden, Catherine, and RŽmy Leveau. La beurgeoisie: Les trois ‰ge de la vie associative issue de lÕimmigration. France: CNRS Editions, 2001.